Un détroit, une machine, une fonderie : trois goulets d'étranglement physiques gouvernent le siècle numérique. Cartographie chiffrée et vérifiée.
Cette nuit, quelque part entre la côte chinoise et le port de Kaohsiung, un porte-conteneurs tient son cap dans un bras de mer d'environ 130 kilomètres à son point le plus étroit. Depuis la passerelle, rien ne semble stratégique : des caisses d'acier, des embruns, un quart de veille ordinaire. Pourtant, dans ces caisses voyage une part mesurable de tout ce que l'économie « immatérielle » compte accomplir le trimestre prochain : les processeurs, les composants, les machines qui fabriquent les machines. Fermez ce couloir un mois et le cloud se met à vieillir comme un fruit frais. Nous décrivons ce siècle comme numérique. La valeur serait faite de données, d'attention, de modèles, de jetons : des choses sans masse ni coordonnées. J'ai passé des mois à cartographier les dépendances technologiques pour mon troisième livre, et les faits tiraient obstinément dans l'autre sens. Plus l'économie se prétend légère, plus elle…